La conversion du vital — réincarnation

et survivance personnelle

 

Il est très important que le vital accepte de changer. Il doit apprendre à accepter de se convertir. En soi, le vital n'est pas à mépriser — en fait, toute énergie, tout dynamisme et tout élan viennent de lui ; sans lui, vous pourriez être calme et sage et détaché, mais vous resteriez absolument immobile, sans pouvoir créateur. Le corps serait inerte, exactement comme une pierre, sans la force qui lui est infusée par le vital. Si le vital était écarté, vous seriez incapable de réaliser quoi que ce soit. Mais il peut être récalcitrant, comme un cheval fougueux, et par conséquent il exige une solide maîtrise. Il faut tenir la bride serrée et garder prêt votre fouet pour tenir sous votre contrôle ce puissant animal. Mais bien sûr, à partir du moment où le vital a consenti à se laisser transformer, il n'y a plus besoin ni de serrer la bride ni d'apprêter le fouet : vous avancez sans encombre vers le but, en sautant avec légèreté par-dessus chacun des obstacles de la route. Sinon, le vital trébuchera sur chacune des barrières ou il aura peur de sauter. C'est peine perdue de penser que tout aurait été parfait s'il n'y avait pas eu du tout d'obstacles ni de haies ; ils font partie du jeu et si vous n'y faites pas face, si vous ne sautez pas, en cette vie, sur terre, vous devrez surmonter des obstacles cent fois plus grands, sur d'autres plans de l'existence et en d'autres vies. Le mieux est de vous décider une fois pour toutes et de dresser votre vital à courir la course, ici-bas, pendant que vous êtes dans un corps, et, si possible, de l'entraîner à gagner la course. Vous êtes sûr de gagner, à condition que votre mental physique se réforme et qu'il aide le vital à changer, au lieu de jouer le rôle du voleur qui tient par terre sa victime pendant que le complice fait main basse sur ses biens.

L'état de votre être, après la mort, dépend beaucoup de la conversion ou non du vital ici-bas.

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Si vous n'êtes vous-même qu'un pêle-mêle d'impulsions incohérentes, alors, au moment de votre mort, lorsque la conscience se retire à l'arrière-plan, les différentes personnalités qui vous constituent se séparent et se précipitent ici et là pour trouver le milieu propre qui leur conviendra. Une partie peut entrer dans une autre personne qui a une affinité pour elle, une autre peut même entrer dans un animal, tandis que ce qui était éveillé à la Présence divine peut rester attaché à l'être psychique central. Mais si vous êtes totalement converti et organisé en un seul individu, résolu à atteindre le but de l'évolution, alors vous resterez conscient après la mort et vous préserverez votre continuité.

Quant à la réincarnation, il faut reconnaître qu'aucune règle n'est valable pour tous les cas. Certaines personnes renaissent presque immédiatement, et cela arrive le plus souvent avec des parents dont une partie est assimilée dans les enfants, si ceux-ci leur sont très attachés. D'autres personnes, par contre, attendent des siècles et même des milliers d'années avant d'être réincarnées. Elles attendent que mûrissent les conditions nécessaires qui leur offriront le milieu souhaitable. Celui qui a la conscience yoguique peut effectivement préparer le corps qui servira à sa prochaine incarnation. Il peut, avant la naissance du corps, le façonner et le modeler, si bien que c'est lui qui en est le véritable artisan, tandis que les parents du nouvel enfant ne sont que des agents accessoires et purement physiques.

Il faut noter ici en passant qu'il y a une idée fausse très répandue au sujet de la réincarnation. Les gens s'imaginent que c'est "eux-mêmes" qui se réincarnent, ce qui est une erreur flagrante. Il est vrai que certaines parties de l'être s'amalgament avec d'autres et continuent d'agir ainsi à travers de nouveaux corps, mais leur être tout entier ne se réincarne pas, pour la simple raison que ce qu'ils entendent évidemment par "eux-mêmes" n'est pas une entité réelle individualisée, mais une personnalité extérieure, la personnalité faite d'un nom et d'une forme extérieure. Ainsi, on a tort de dire que A. s'est réincarné en B.,

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car A. est une personnalité organiquement distincte de B., et on ne peut pas dire qu'elle s'est réincarnée en B. Vous ne seriez justifié à dire cela que si vous disiez que la même lignée de conscience utilise à la fois A. et B. comme instruments de sa manifestation. Car, ce qui reste vraiment constant, c'est l'être psychique, qui n'est pas du tout la personnalité extérieure mais quelque chose de profond à l'intérieur, quelque chose qui n'est ni la forme ni le nom extérieurs.

Vous voulez savoir si tous les êtres humains gardent leur identité après la dissolution du corps ? Eh bien, cela dépend. La masse ordinaire des gens est si étroitement identifiée à son corps que rien d'eux ne subsiste après la désintégration du corps physique. Cela ne veut pas dire que rien absolument ne survive, car la substance vitale et mentale reste toujours, mais elle n'est pas identique à la personnalité physique. Ce qui survit n'a pas une marque distincte comme celle de la personnalité extérieure, parce que celle-ci se contentait de rester un méli-mélo d'impulsions et de désirs, une unité organique temporaire constituée par la cohésion et la coordination des fonctions corporelles, et lorsque cessent ces fonctions, leur pseudo-unité prend aussi fin, naturellement. C'est seulement si une discipline mentale a été imposée aux différentes parties de l'être et si celles-ci ont été dressées à servir un idéal mental commun, qu'il peut avoir un certain genre d'individualité vraie gardant la mémoire de sa vie terrestre et donc survivant de façon consciente. L'artiste, le philosophe et d'autres personnes développées qui ont organisé, individualisé et, jusqu'à un certain point, converti leur être vital, peuvent être considérés comme survivant, parce qu'ils ont introduit dans leur conscience extérieure quelque reflet de l'entité psychique qui est immortelle de par sa nature même et dont le but est de construire l'être, progressivement, autour de la Volonté divine centrale.

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